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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 18:00


LA PETITE (2)...

Elle recevait chaque jour plusieurs paires de gifles de sa mère qui ne la comprenait pas.

Quand celle-ci finissait par se sentir impuissante, elle passait le relais à son mari qui  frappait la Petite bien plus violemment.

 

Plus elle vivait avec ses parents, plus elle se demandait pourquoi elle était là, à côté de cet homme et cette femme qui n’avaient rien à voir avec elle.


 

Quand elle aborda ses quinze ans, sa révolte explosa pour ne jamais cesser.

Sa jeunesse tumultueuse et ses amours l’occupaient intensément. Obsédée par sa demande d’amour elle ne parvenait plus à se concentrer sur ses études.

 

Elle devint femme puis mère à son tour.

 

Toujours obsédée par les mêmes interrogations.

Culpabilisée par la crainte de reproduire ce qu’elle avait vécu.

 

Quelquefois, quand la douleur était trop puissante, elle se confiait à moi.

 

Un jour où elle se sentait fatiguée par ses insomnies, elle me raconta comment on l’attachait à son lit, vers l’âge de quatre ans, pour la contraindre à faire la sieste. Elle n’avait pas sommeil dans la journée et ne demandait qu’à vivre, rire et s’exprimer. Déjà si jeune, aurait-elle gêné, dérangé, questionné ?

 

Une autre fois où Elise se trouvait visiblement égarée, elle tenta de me faire comprendre

la souffrance qu’elle avait éprouvée dans une situation dont on ne parle jamais.  Ce n’était pas un viol reconnu, mais elle le sentait comme tel. Quand elle avait cinq ou six ans, on lui prodiguait des soins très violents, sous prétexte de trouble intestinaux dont elle n’avait elle-même pas conscience.

Chaque semaine, on l’allongeait sur la table de la cuisine. Puis on lui enfilait dans l’anus des litres d’eau en lavement sous les yeux de ses parents et grands-parents.

Oui, c’est dégueulasse à lire, mais bien plus à vivre !

Qui lui avait prescrit cette torture ? Elle ne le sut jamais.

Elle soupçonna sa mère d’en tirer un certain plaisir.

Plaisir symétrique à celui de lui faire pratiquer un régime permanent.

Jamais le droit de manger ce qu’elle aimait. Tout bonheur lui était interdit.

Comme plus tard elle tomba dans l’opprobre maternel en se réfugiant dans des flirts souvent renouvelés !

 

Cette vie dura longtemps, trop longtemps pour Elise.

 

Elle se réfugia alors dans les rêves, la réflexion et la création sans parvenir vraiment à se révéler à elle-même.

 

Longtemps, bien longtemps après, sa conscience se brisa.

Elle perdit alors tous ses amis.

 

Elle sombra dans un profond et douloureux délire qui failli lui coûter la vie.

Le sort en décida autrement et lui offrit quelque sursis.

 

Elle mit des années à se reconstruire. L’abandon et la violence l’avaient si fortement habitée que son âme ne parvenait jamais à atteindre la sérénité.

 

Les dernières fois que nous nous somme rencontrés, elle m’a dit approcher plus souvent des instants de bonheur.

 

Elle ne rejetait plus ses douleurs et les mêlait à ses rêves. Cette alchimie lui permit de transcender ses idées et ses actes.

 

Et puis, même si elle n’était pas comme tout le monde, elle fut heureuse et jouit chaque jour de son bonheur avant qu’une maladie fulgurante ne l’emporte.

 

Je suis la seule personne à avoir reçu ses confidences. Maintenant qu’elle n’est plus de notre monde, je m’autorise à trahir un secret afin que d’autres se sentent moins seuls.

 

Olivier.

 Chapitre 1, ici.

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  • Passionnée par la frontière entre la norme et l’exception. Trop longtemps enseignante, j'ai rendu les armes plus tôt que prévu et je me consacre à ce que j'aime: l'écriture, les arts plastiques et les débats de société... et ça va chauffe
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