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Ecriture

Vendredi 11 septembre 2009

 
TOMBER EN…

Quelle en est la signification?
Si je cherche sur mon « Grand Robert de La Langue Française » quelques synonymes du verbe tomber, j’y trouve : (dé)-choir, mourir, pécher, échouer, anéantir et bien d’autres.

Ce que je remarque est que le terme tomber fait franchement notion à une idée de chute.


Source: http://fondecran.biz/chutes_d_eau.html


Voilà pourquoi je suis très surprise de son emploi
dans des expressions qui ne me semblent pas justifiées.

 

Certaines formules me parlent comme : « Tomber en désuétude ou en ruine, voire tomber en quarantaine », à cette époque de parano sur la grippe A.

 

Mais j’entends depuis longtemps dans les médias des utilisations de ce mot qui me surprennent.

 

« Tomber enceinte » reste le classique. Comme si le fait d’attendre un enfant revêtait une connotation  systématiquement négative. Il est certain que durant des siècles, les femmes n’avaient pas le choix d’enfanter. Mais voilà environ trente ans que, sauf de rares exceptions, de nombreux moyens nous sont offerts. Alors, pourquoi user encore de l’usage de cette expression?

 

« Tomber en amour », locution plutôt québécoise, rassemble aussi deux notions complètement contradictoires. Amour, notion positive, deviendrait-elle annihilée par le verbe qui la précède ?

 

Et voici l’exemple qui a provoqué chez moi l’envie d’écrire un article :

 

« Tomber en retraite », entendu à la télévision il y a quelques jours.

Voici deux ans que j’ai pris une retraite anticipée et que j’en suis ravie.

Jamais je ne me suis sentie aussi libre ! Je fais chaque jour tout ce que j’aime.

Je m’investis dans le bénévolat. Je crée, j’écris et je peins. Je noue bien plus de relations amicales que dans mon milieu professionnel (l’enseignement), puisque je choisis QUI je fréquente !

 

Je suis vraiment bien plus heureuse que lorsque j’étais en activité

Alors, je puis vous confirmer que je ne suis pas tombée en retraite, mais que je suis montée en retraite !

 

La pharmacienne située près de chez moi a été étonnée que, lors de mon choix, j’aie préféré une très nette baisse de revenus car je n’avais pas acquis toutes mes annuités.

 

Je plains ceux et celles qui « évaluent » leur bonheur à la hauteur du fric qui leur est donné.

Par ailleurs, je paie moins d’impôts, je dépense bien moins en essence et en investissements professionnels non remboursés.

 

En bref, si j’avais pu « monter » plus tôt en retraite, je l’aurais fait !

 

Je souhaite ce même bonheur à tous ceux qui me liront.

Par Alice
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Samedi 16 mai 2009


LA PETITE (2)...

Elle recevait chaque jour plusieurs paires de gifles de sa mère qui ne la comprenait pas.

Quand celle-ci finissait par se sentir impuissante, elle passait le relais à son mari qui  frappait la Petite bien plus violemment.

 

Plus elle vivait avec ses parents, plus elle se demandait pourquoi elle était là, à côté de cet homme et cette femme qui n’avaient rien à voir avec elle.


 

Quand elle aborda ses quinze ans, sa révolte explosa pour ne jamais cesser.

Sa jeunesse tumultueuse et ses amours l’occupaient intensément. Obsédée par sa demande d’amour elle ne parvenait plus à se concentrer sur ses études.

 

Elle devint femme puis mère à son tour.

 

Toujours obsédée par les mêmes interrogations.

Culpabilisée par la crainte de reproduire ce qu’elle avait vécu.

 

Quelquefois, quand la douleur était trop puissante, elle se confiait à moi.

 

Un jour où elle se sentait fatiguée par ses insomnies, elle me raconta comment on l’attachait à son lit, vers l’âge de quatre ans, pour la contraindre à faire la sieste. Elle n’avait pas sommeil dans la journée et ne demandait qu’à vivre, rire et s’exprimer. Déjà si jeune, aurait-elle gêné, dérangé, questionné ?

 

Une autre fois où Elise se trouvait visiblement égarée, elle tenta de me faire comprendre

la souffrance qu’elle avait éprouvée dans une situation dont on ne parle jamais.  Ce n’était pas un viol reconnu, mais elle le sentait comme tel. Quand elle avait cinq ou six ans, on lui prodiguait des soins très violents, sous prétexte de trouble intestinaux dont elle n’avait elle-même pas conscience.

Chaque semaine, on l’allongeait sur la table de la cuisine. Puis on lui enfilait dans l’anus des litres d’eau en lavement sous les yeux de ses parents et grands-parents.

Oui, c’est dégueulasse à lire, mais bien plus à vivre !

Qui lui avait prescrit cette torture ? Elle ne le sut jamais.

Elle soupçonna sa mère d’en tirer un certain plaisir.

Plaisir symétrique à celui de lui faire pratiquer un régime permanent.

Jamais le droit de manger ce qu’elle aimait. Tout bonheur lui était interdit.

Comme plus tard elle tomba dans l’opprobre maternel en se réfugiant dans des flirts souvent renouvelés !

 

Cette vie dura longtemps, trop longtemps pour Elise.

 

Elle se réfugia alors dans les rêves, la réflexion et la création sans parvenir vraiment à se révéler à elle-même.

 

Longtemps, bien longtemps après, sa conscience se brisa.

Elle perdit alors tous ses amis.

 

Elle sombra dans un profond et douloureux délire qui failli lui coûter la vie.

Le sort en décida autrement et lui offrit quelque sursis.

 

Elle mit des années à se reconstruire. L’abandon et la violence l’avaient si fortement habitée que son âme ne parvenait jamais à atteindre la sérénité.

 

Les dernières fois que nous nous somme rencontrés, elle m’a dit approcher plus souvent des instants de bonheur.

 

Elle ne rejetait plus ses douleurs et les mêlait à ses rêves. Cette alchimie lui permit de transcender ses idées et ses actes.

 

Et puis, même si elle n’était pas comme tout le monde, elle fut heureuse et jouit chaque jour de son bonheur avant qu’une maladie fulgurante ne l’emporte.

 

Je suis la seule personne à avoir reçu ses confidences. Maintenant qu’elle n’est plus de notre monde, je m’autorise à trahir un secret afin que d’autres se sentent moins seuls.

 

Olivier.

 Chapitre 1, ici.

Par Alice
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Mercredi 13 mai 2009

LA PETITE


Voici la première partie d'une nouvelle que je viens d'écrire.
Merci de votre lecture.
La suite dans quelques jours...
 

Elise était dès sa naissance un bébé gourmand. Même la nuit elle avait faim! Elle demandait à se nourrir plus souvent que la norme.

 

Elle adorait son papa et sa maman, comme tous les enfants.

Son père le lui rendait bien.

 

Quand elle n’était pas contente, elle étalait sa portion de fromage fondu sur le mur au-dessus de son lit. Et de très bonne heure elle ressentit des raisons de manifester son opposition au silence et à l’hypocrisie des adultes.

 

Quand on noyait les chatons nouveaux-nés de son animal préféré, elle pleurait en elle-même. On lui racontait qu’ils avaient pris un bain. Et ne les voyant jamais revenir, elle ressentait déjà un trouble, une perturbation. Comment aurait-elle pu, à dix-huit mois, avoir conscience du mensonge ?

 

Quant son père tant aimé prétendait « se faire la valise » pour lui cacher qu’il partait au travail, elle cherchait déjà le sens des mots cachés.

En effet cette expression argotique dramatisait la banalité de la situation.

 

Toutefois, La Petite saisit vite l’image et demanda un jour si sa mère allait bientôt faire la valise à papa !

Ses parents ne maîtrisant pas plus l’anglais que le latin, il leur fut de plus en plus difficile de la tromper.



 

Un jour ceux-ci décidèrent de la laisser chez sa mémé et son pépé car ils avaient mieux à faire que de s’occuper d’elle.

Elise avait alors deux ans et demi. Elle était encore un poupon.

 

Elle chérit très vite ceux qui avaient pris le relais de son éducation.

Mais elle ressentait sans cesse l’impression, la certitude même, d’avoir été abandonnée.

 

Elle versait souvent des larmes en réclamant sa maman.

Quand elle n’en pouvait plus, elle se vengeait sur les autres...Et ne s’en rendait pas compte. Elle n’était qu’une enfant.

Elle agaçait et provoquait sans cesse sa mémé qu’elle adorait pourtant.

Comme si cette femme si bonne était responsable de son sort !

Camille ne supportait pas les enfants qui la perturbaient par leurs cris, leurs mouvements et leur agressivité spontanée.

Souvent elle les mordait, se nourrissant de leur chair tendre et souple.

La révolte grondait déjà en elle.

 

Elise se souvient...

 

Un jour, à la maternelle, elle avait peint un canard en jaune sur une mer bleue. Et c’était si beau qu’elle en oublia sa douleur.

Une autre fois, sa maîtresse lui fit planter un oignon de jacinthe .Pas dans la terre mais dans l’eau.

Ce fut pour Elise une révélation. Comme une expérience surnaturelle.

 

La magie commençait à la pénétrer au plus profond d’elle-même.

Elle sentit que tout n’était pas tracé du même trait.

Elle entra alors dans une forme de sensibilité artistique.

Elle avait quatre ans.

 

Elle s’amouracha de la seule sculpture qu’elle puisse observer.

 

 

 Elle l’appelait « Jésus Gris » car le Christ sur la croix était coulé dans un  métal de couleur grise et sa mémé parlait souvent de « Jésus Cri...Gri...»  A quatre ans, elle ne cernait pas vraiment ces nuances phonologiques.

Comme pour la chanson traditionnelle « Mon gros Guillaume, as-tu bien déjeuné », elle chantait avec force conviction : « Mon BOUR Guillaume... ». Et si quelqu’un osait la contester, elle affirmait déjà farouchement : « C’est la maîtresse qui l’a dit. »

Quelle magie de l’enfance de croire à des mots ou des idées qui ne représentent rien pour l’adulte !

 

Son pépé lui racontait souvent la guerre des tranchées. Il y mettait tant de romantisme et de passion qu’elle n’y voyait point de douleur. Son pépé était un poète. Il l’emmenait au cirque et aux fêtes locales.

Elle apprit par la suite qu’il était réputé dans les environs pour animer les mariages.

 

Sa mémé la gâtait beaucoup. Et si quelquefois elle criait un peu fort, c’était probablement une manière de montrer qu’elle s’intéressait à la petite.

Elise finit par prendre goût à sa nouvelle vie. Elle s’attacha à ses parents adoptifs et leur voua un amour inconditionnel.

 

Au bout de  trois ans de bonheur difficilement acquis, ses parents biologiques décidèrent de la reprendre, comme une commode déposée au garde-meuble.

N’ayant pas mieux assumé leur ambition commerciale que leur désir d’enfant, ils revenaient en arrière. Tant pis si elle avait avancé plus vite qu’eux, il lui fallait à nouveau recommencer.

A cinq ans et demi, les trimballages de paquets étaient un peu trop rapides pour Camille.

Ses sentiments et ses pensées commencèrent à se troubler.

 

La petite famille logea alors dans une chambre d’un hôtel miteux.

Elle prenait ses repas dans l’atelier du père. En ces instants, tout semblait bizarre à Camille.

La découverte d’un monde nouveau pour elle l’excitait avant tout.

La seule chose qui l’ennuyait fort était de n’avoir droit qu’à un seul œuf coque alors que son père pouvait en dévorer deux. Toujours affamée, elle admettait mal qu’on la prive de ce plaisir qui lui apportait la sérénité.

 

Au bout de quelques mois, la vie redevint banale...enfin, vue de loin.

 

Elise ne savait plus où ni avec qui elle se sentait bien.

Elle regrettait son pépé et sa mémé si chaleureux.

Son pépé qui la faisait tant rêver était si loin.

La chaleur des bras de sa mémé lui manquait.

 

Elle se sentait comme amputée d’une part d’elle-même, mais trop jeune pour en définir l’idée.

 

 

Elle se considérait comme une étrangère dans cette première famille qui s’était débarrassée d’elle comme on dépose à la consigne un paquet trop encombrant.

 

Durant cette période, elle aima surtout le mystère des souterrains du métro qu’elle découvrait pour la première fois. C’était pour elle encore une façon de s’évader dans le surnaturel. Même si elle eut instantanément la crainte de chuter et de disparaître dès qu’elle était au bord des quais.

 

Jamais Elise ne parvint à recréer une relation d’amour avec ceux qui l’avaient jadis abandonnée.


Chapitre 2, ici.


Par Alice
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