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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 16:02


Cet article m'a été transmis par mon ami l'aquarelliste Gilberto qui l'a trouvé sur le site du Causeur
Pensez à lire tous mes articles sur les "bienfaits" des religions en commençant par la catégorie Société !


Le crucifix aux orties

Faisons une croix sur le passé ! Publié le 08 novembre 2009 à 15h00 • 231 réactions • 


Crucifixion, Elisabeth Frink

Le crucifix dans les salles de classe : perturbant émotionnellement pour les enfants des minorités religieuses ou non-croyantes. C’est le jugement implacable de la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg dans une affaire qui oppose l’Etat italien à l’une de ses ressortissantes d’origine finlandaise. Celle-ci estime que son droit à “une éducation et un enseignement conformes à ses convictions religieuses et philosophiques” pour ses enfants est remis en cause par la présence de crucifix dans les salles de classe. Elle insiste en outre sur la discrimination entre les religions que cette présence instaurerait. La Cour lui a donné raison sur tous ces points, condamnant même l’Italie à verser à la plaignante 5000 euros pour “dommage moral”. L’Italie a fait appel. Perturbation émotionnelle des enfants, violation du libre-choix et discrimination : tel l’antique bouc émissaire en route pour Azazel, voilà le crucifix chargé de tous les crimes de la communauté par cette parfaite incarnation de la morale contemporaine qu’est la CEDH. Mais après tout, n’est-ce pas le sens même du succès planétaire du crucifix – celui qu’on y cloue prend sur lui les fautes de tous ? “Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde.” C’est merveille de constater comme les rites les plus laïcs savent parfois réinterpréter pour notre profit à tous les cultes les plus archaïques. Une fois la Croix chargée de tous les péchés, qui pourrait contester le jugement de la CEDH ? Le gouvernement italien a essayé. Il a expliqué que l’enseignement était bien sûr laïc en Italie et qu’il n’y était pas question pour les profs d’évangéliser en classe. Il précisa encore que dans cette affaire nul ne défendait une antique croyance religieuse, mais bien la culture et des valeurs démocratiques les plus contemporaines qui, selon son défenseur, plongent leurs racines “dans un passé plus lointain, celui du message évangélique. Le message de la croix serait donc un message humaniste, pouvant être lu de manière indépendante de sa dimension religieuse, constitué d’un ensemble de principes et de valeurs formant la base de nos démocraties”. Bref, l’Italie n’hésita pas à mettre en avant d’hypothétiques racines chrétiennes du Bien contemporain ralliant ainsi la religion catholique à la bandiera rosa de la tolérance et du bien-être des petits enfants. Pour justifier la persistance d’une tradition séculaire il faut obligatoirement mobiliser les valeurs les plus au goût du jour. Rien n’y fit. C’est en vain que nos amis transalpins tentèrent de noyer le poisson christique dans la vague de l’intransigeant tolérantisme contemporain. N’est pas admis dans le nouveau Saint des Saints qui veut, à commencer par l’ancien: exit donc le crucifix qui perturbe émotionnellement les enfants, comme il perturbait autrefois les vampires. Il faut dire qu’avec la mode du gothique chez les moins de seize ans, les premiers ressemblent aujourd’hui parfois aux seconds. Ceci expliquant peut-être cela. Mais trêve de plaisanterie et revenons à nos brebis égarées. La Cour rappelle aussi complaisamment que la loi qui prévoit l’exposition d’un crucifix dans les salles de classe italiennes date du concordat de 1929, c’est-à-dire de la période fasciste. Belle reductio ad benitum. Ce que Benito a voulu ne peut être bon. Dans ces conditions, on aura toujours raison de s’opposer au crucifix. La Résistance, même à une loi qui a presque l’âge de ma grand-mère, est à jamais d’actualité, surtout en ces périodes sarko-berlusconiennes. Le problème c’est que cette origine mussolinienne du crucifix dans les salles de classe est elle-même contestée. Le Conseil d’Etat italien notait en 2006, dans le cadre de cette affaire, que “la prescription des crucifix dans les salles de classes” datait non pas du concordat de 1929 mais de la loi Casati, adoptée par un Etat [le Royaume de Sardaigne] qui nourrissait bien peu de sympathie pour l’Eglise catholique », loi qui fut ensuite étendue à toute l’Italie après l’unification. Mais ne pinaillons pas : la cause des enfants, qui est celle de tous les Résistants, mérite bien quelques libertés avec l’exactitude historique. Le plus rassurant est que la décision de la Cour énerve les Italiens. Il existe aujourd’hui dans ce pays un quasi-consensus sur l’apport culturel du christianisme à la modernité italienne (la filiation est plus embarrassante pour le christianisme que pour l’Italie berlusconienne). De quel droit un Tribunal situé à l’étranger s’immisce-t-il dans ce consensus ? La merveilleuse Europe serait-elle cette abstraction idéologico-technocratique qui affirme tranquillement qu’un pays perturbe ses enfants parce qu’un bout de bois est accroché au mur de ses salles de classes ? Le secrétaire d’Etat du Vatican, Tarcisio Bertone, bête noire des “catholiques progressistes” et qui a ce titre ne peut pas être tout à fait mauvais – et ce malgré son attachement à un objet aussi perturbant pour les enfants que le crucifix – a fait de cette décision un commentaire plaisant: “l’Europe du troisième millénaire nous laisse avec les seules citrouilles des fêtes récemment célébrées et a éliminé nos symboles les plus chers”. En tant que catholique, je ne peux que trouver intéressant un monde dans lequel les prélats de l’Eglise catholique en arrivent à stigmatiser sur un ton badin la bêtise officielle. En tenant bien sûr compte du fait que personne ne songe aujourd’hui en Europe à reprendre les persécutions antichrétiennes du début de l’Empire romain, je me prends à penser qu’il va faire bon être catholique dans les années qui viennent. Nous autres catholiques allons enfin goûter au confort de la position minoritaire : la religion d’Etat qui s’impose aujourd’hui en Europe, en rejetant le catholicisme dans les ténèbres extérieures de ce qui “perturbe les enfants” rend un fier service à ceux qui, appartenant encore bêtement à l’ex-majorité catholico-franco-franchouillarde des Français, n’ont jamais eu l’occasion de prendre la pose du maudit ou du proscrit. Grâce à la CEDH, cette discrimination insupportable est sur le point d’être abolie. Il suffira bientôt d’aller à la messe le dimanche pour pouvoir candidater comme tout le monde au statut de minorité opprimée : merci l’Europe ! Un monde intéressant certes, mais aussi un peu effrayant. Mon fils fréquente aujourd’hui l’école publique. Avant les vacances scolaires, il a activement préparé Halloween. C’était très drôle tous ces monstres et citrouilles que l’on dessinait et affichait au mur que nul crucifix n’entachait. Et c’est tant mieux, nous sommes en France, et il n’y aucune raison de remettre en cause la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat qui s’est imposée il y a plus d’un siècle, au corps défendant de l’Eglise. Mais en écoutant Mgr Bertone, j’ai repensé à ces citrouilles évidées, posées là, avec leurs yeux triangulaires et inquiétants, tristes fenêtres donnant sur le rien de l’absence d’âme. Et j’y ai vu pour finir le symbole parfait de ce que sera la tête de nos enfants une fois que l’institution toute entière se sera convertie à ce culte de l’égalité de traitement de toutes les cultures et toutes les croyances. Lorsqu’il ne sera plus question de rien distinguer, pour ne plus offenser personne.

Mots-clés : Religion. L'auteur Florentin Piffard est modernologue.

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commentaires

Jo 20/11/2009 08:10


Personnellement, je me réjouis d'entendre que l'Italie jette ses crucifix aux orties. Je suis viscéralement anticlérical. Mais par contre, j'ai des crucifix plein la maison ! Et des bénitiers, et
une lanterne de procession, et des Marie-apparais-moi-là à foison. Il y a deux façons d'accrocher un crucifix, au moins : on peut le considérer comme objet religieux, ou comme objet de culture.
Alors que personne ne place aucun sens religieux derrière les citrouilles d'Halloween. Je propose donc que les écoles italiennes laissent aient le droit de laisser un crucifix en place, mais
uniquement à condition de le désacraliser (retourné, ou emballé dans un préservatif, habillé d'une robe de Barbie, discutant avec un Bouddha, flottant dans l'aquarium, comme tuteur de plantes
vertes, etc.).


Alice 23/11/2009 17:59


L'idée est amusante, mais j'imagine la tronche des bigots: Blasphème!


Roland 18/11/2009 22:17


donc je suppose que la présence d'églises dans les ville est aussi traumatisante (et pas celle des crématorium ? ni des comissariats de police ?je trouve que c'est nettement pus traumatisant,
surtout quand on sait ce qui s'y   passe ) et que un de ces jours on va décret le dynamitage obligatoire de
ces présences traumatisantes sur l'espace public.
Et bien entendu il va falloir enlever des programmes de littérature l'étude obligatoire de Pascal, Bossuet, Chateaubriand, Péguy, Hugo (bien que pas chrétien il proclame sa foi en Dieu donc voilà
un horrible traumatisme pour les atées !) etc, etc.Par contre l'étude de Freud sera déclarée pas traumatisante !
(Pourtant si il y a des oeuvres qui quoique malheureusement vraies sont vachement traumatisantes (certains se suicident et je les comprends) ce sont Ionesco ou Becket, et Anna de Noailles etc.
Si la vue d'objets évoquants des idées autres que celles qu'on a (question : comment on les a acquises ces idées ? forcément on doit les avoir trouvé quelque part, donc si on interdit et efface de
la surface du monde les témoignages de certaines d'entre-elles, c'est qu'on VEUT qu'elle disparaissent,  soient (trumatisante perspective ...) erradiqués des pays (ça s'appelle au fait comment un régime politique qui fait ça ?) et pas d'autres, qui elles auraient
le droit de s'étaler tant qu'elle veulent.
Bref sophisme sur toute la ligne, et en fait non pas neutralité ni encore moins tolérance, mais partialité et intolérance déguisés .
Très traumatisant de se savoir dans une société et sous un pouvoir comme ça.


Alice 19/11/2009 21:39


Il ne me semble pas avoir parlé de traumatisme.
Les églises, ainsi que les mosquées, je m'en moque si elles ne sont pas subventionnées par les caisses de l'Etat! Quant aux commissariats de Police, je trouve votre réflexion d'un infantilisme
navrant. Ils sont un mal nécessaire dans une société où les violences sont très présentes...et la bêtise récurrente.
Quant aux auteurs que vous citez, comme au sujet de tous les artistes, je suis contre la censure, quelle qu'elle soit!
Et même si le fascisme a eu ses auteurs préférés comme Céline, Pauwels, Brasillach et Drieu La Rochelle, il me semble qu'on ne peut nier leur talent.Ce sont d'ailleurs souvent les artistes les plus
tordus qui ont accompli les oeuvres les plus profondes. Pensez encore à Lewis Caroll(pédophile), Salvador Dali(impuissant et sacrilège) et bien d'autres encore...


blutch 15/11/2009 13:26


L'Opus Dei est née de la volonté du grand démocrate Salazar chef autoproclamé du Portugal durant les 50 ans qui ont précédé la révolution des oeillets (oui, sur la fin, il s'était fait
remplacé pour cause de RTT éternels).
Le but de Monsieur était de finir de fliquer la populace en mettant un indic. dans chaque institution religieuse et chaque confessionnal (une sorte de prototype de big brothers).
Depuis la montée en puissance du PanzerKardinal, devenu Benoit SSeize, l'Opus Dei fait, par comparaison, office de conseil des Sinistres du Vatican.
Comme le changement a eu lieu au moment de l'attentat contre JeanPaulski, on peut raisonnablement se demander qui avait armé la main de Ali Agsa, les Bulgares étant une farce débile.


blutch 14/11/2009 23:07


C'est une façon un peu sarcastique de faire l'apologie d'un catholicisme qui n'a rien de progressiste. Tarcisio Bertone est un des acteurs du retour de Williamson dans l'église officielle, et il
semble avoir quelques faveurs chez l'auteur de cet article; ce qui le mettrait plutôt dans une tendance Opus Dei.
Le côté caustique et désabusé du bonhomme t'aurait-il échappé?


Alice 15/11/2009 00:07



Non, l'aspect désabusé ne m'a pas du tout échappé! Mais ce qui me donne de l'espoir, c'est que ce "modernologue" - j'adore ce terme probablement issu du
dictionnaire de Ségo! - donc, cet homme craint de faire partie des derniers cathos. Ce qui pourrait laisser de l'espoir sur la fin à venir des
religions. Nous ne serons plus là pour le voir, mais ceux qui seront au paradis seront tenus au courant!
En ce qui concerne l'Opus Dei, je dois reconnaître que j'ai plus de lacunes que de connaissance... Pas facile pour les mécréants d'étudier les religions et les sectes!



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