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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 19:37

Une petite interview publiée par Quotimed.



Schizophrènes et troubles de l’ordre public

Une réforme de la psychiatrie, pour quoi faire ?

Le meurtre d’un jeune homme poignardé en pleine rue à Grenoble, par un schizophrène suivi médicalement, porte une nouvelle fois la santé mentale à la une des faits divers. Auxiliaire de justice, au nom de la protection de la société, le psychiatre est pris pour cible. à chaud, comme souvent lorsque l’émotion est à son comble, les pouvoirs publics promettent « Plus jamais ça ». Nicolas Sarkozy mobilise la Santé, la Justice et l’intérieur, les appelant à « préparer sans délai une réforme en profondeur du droit de l’hospitalisation psychiatrique ». Les réactions des Dr Pierre Lamothe, psychiatre spécialiste de la dangerosité*, et Roland Coutanceau, criminologue.

LE QUOTIDIEN - Comment réagissez-vous à la demande express du chef de l’état ?

Dr PIERRE LAMOTHE - Y’ en a marre qu’on réagisse par des passages à l’acte qui répondent à des passages à l’acte. Faire d’un événement une loi n’est pas une solution. La posture réactionnelle des politiques n’a rien à voir avec une réflexion en profondeur. Qu’on laisse du temps aux spécialistes afin qu’ils s’investissent sereinement, plutôt que de leur demander « Exécutez tout de suite et maintenant ce que je dis ».

La loi de 1990, qui prend en compte la dangerosité, a besoin d’être retoquée, certes. Plus personne ne sait comment elle fonctionne, avec au moins six couches législatives successives (démocratie sanitaire, prévention de la délinquance, récidive, etc.), résultant, pour certaines, d’alertes semblables à celles de Grenoble. Prenons la modification sur l’irresponsabilté pénale du 25 février 2008. Elle permet à toute juridiction de jugement de prononcer l’hospitalisation d’office (HO) d’une personne, quel que soit son état clinique et sans avis médical, tandis que les maires ont le pouvoir de placement en HO sur avis et non plus sur certificat médical. Le même texte renvoie au fichier des patients ayant bénéficié de l’rresponsabilité pénale à propos duquel nous ne savons rien.

Que faudrait-il mettre en place pour « mieux encadrer les sorties des établissements », comme le demande le chef de l’état ?

La première chose est d’introduire le traitement ambulatoire sous contrainte au long cours**, la « sortie d’essai », sans surveillance ni règle, ayant fait long feu.

Avez-vous des solutions pour « améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger, dans le cadre notamment de la création d’un fichier national des HO » ?

Encore une fois, il est inutile de faire des moulinets et de légiférer. Il convient, en revanche, de faciliter les admissions à l’hôpital, via les DDASS et les acteurs de terrain - donc d’identifier les malades dangereux -, afin de ne pas laisser sans réponse les appels de famille en détresse, comme l’a été celui de la mère de Romain Dupuy, auteur d’un double meurtre à Pau en 2004. La défense sociale, car il s’agit de cela, réclame un équilibre subtil entre le collectif et l’individuel. Quant au fichier en voie d’élaboration, nous ignorons l’usage qui en sera fait et qui y aura accès. Il pourrait se révéler, à l’instar d’EDVIGE fichier de police retiré de la circulation dans sa forme inti ale, des plus néfastes pour la vie quotidienne des citoyens passées par une HO.

Qu’est-ce qui permettrait de « clarifier le partage des compétences administratives dans le pilotage » des dossiers de patients dangereux ?

De mon point de vue, c’est là où ça achoppe. Les psychiatres ne veulent pas que la police s’en mêle et eux-mêmes sont sur la réserve. Ils rejettent toute instrumentalisation de leur activité clinique à des fins policières, craignant un retour à la loi de 1838. Les Unités pour malades difficiles (UMD) me semblent des structures adaptées. Il y en a 5, il en faudrait au moins 3 fois plus.

Imaginez-vous une réforme qui répondrait à une demande de risque zéro ?

Il n’y a pas de risque zéro. Il faut vivre avec le risque de l’autre. Et, j’insiste, même face à une erreur clinique, à l’origine d’une escapade meurtrière d’un schizophrène dangereux, serait-il bien raisonnable de faire une loi contre une erreur clinique ?

› PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE ROY

* Le Dr Lamothe, psychiatre au CHS du Vinatier à Bron (Rhône), responsable du SMPR Rhône-Alpes, médecin légiste, est expert près la Cour de cassation.

** Mesure figurant dans le « Livre blanc de la psychiatrie » adopté par le Conseil de l’Europe et publié en 2000, auquel le Dr Lamothe a participé.

Le Quotidien du Médecin du : 17/11/2008




A ceux que cela pourrait rassurer:
           Je n'ai pas l'impression que Sarko ait trouvé les bonnes solutions.

Etant donné son niveau et son intérêt pour la culture, il ne doit pas très bien percevoir toute la complexité et l'ambigüité de la psychiatrie...qui est bien loin d'être une science, comme on semble le penser dans certains milieux politico-judiciaires...

Lire Article 2

 Pour ceux qui souhaitent être rassurés, je n’ai pas l’impression que Sarkozy ait trouvé les

 

 

 

 

 

 

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  • Passionnée par la frontière entre la norme et l’exception. Trop longtemps enseignante, j'ai rendu les armes plus tôt que prévu et je me consacre à ce que j'aime: l'écriture, les arts plastiques et les débats de société... et ça va chauffe
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