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Lundi 7 janvier 2008
 
 
Du sexisme chez Freud...et consorts
 Je laisse la parole à Catherine Kriegel qui synthétise plutôt bien la question en ce qui se réfère aux idées de Maître Freud...qui par ailleurs n’a jamais pris en charge que des femmes – et quelques hommes – de la bourgeoisie autrichienne vivant à son époque.
 
               La psychanalyse a-t-elle un genre ?
 
 De quel genre s’agit-il ?
La psychanalyse bien sûr a mauvais genre, ça, nous le savons déjà, ce n’est pas ce dont nous allons débattre.
 
Petit rappel concernant le concept de Genre :
La notion de genre est étrangère à l’œuvre de Freud. Freud s’intéressait à la sexualité, à la différence des sexes, mais il ne traitait pas de la notion d’identité. Ni genre, ni identité, encore moins identité de genre.
Les premières utilisations psychologiques de ce terme, se sont développées aux USA dans les années 1950, dans le cadre d’une recherche menée par un psychologue John Money concernant les enfants intersexués ou hermaphrodites. Il a montré que ces enfants se sentent appartenir au sexe dans lequel ils sont été élevés, quelque-soit leur formule chromosomique, et quelque-soit leur anatomie interne. En 1955, il propose la distinction entre le genre « gender » qui est psychosocial et le sexe qui est biologique.
(Notons en passant que le deuxième sexe est paru en 1949, ouvrage dans lequel Simone de Beauvoir a écrit cette fameuse phrase : « on ne naît pas femme, on le devient »).
La distinction sexe-genre sera reprise par le psychanalyste américain Robert Stoller, pour mieux appréhender les patients transsexuels. Stoller, qui a suivi plusieurs de ces patients, confirme cette hypothèse. Pour eux, le seul sexe qui compte, c’est celui dans lequel ils se sentent appartenir. Ils sont totalement convaincus d’être victimes d’une erreur de la nature et en demandent la réparation. Parallèlement, on découvre en anthropologique que le genre est inscrit dans la culture des Inuits. 
L’orientation sexuelle est un autre sujet, identité sexuelle et orientation sexuelle ne se superposent pas. Est-il besoin de le développer ici ? Ú
En français, en anglais, en allemand, le mot sexe a une double signification : il désigne l’organe sexuel et l’identité sexuée. Être sexué et avoir un sexe sont alors confondu. Castration et perte d’identité seront liées sémantiquement.
 
 
Petit historique :
Tiré en grande partie du livre de Sophie de Mijolla-Mellor : Les femmes dans l’Histoire de La PsychanalyseEd. L’esprit du temps
 
1902 :1er groupe. 5 représentants, tous des hommes. La Première femme analyste n’assiste pas aux soirées de Mercredi.
Fondation de la Société Psychanalytique de Vienne.
1914 : 34 membres, 3 femmes et 31 hommes.
Admises après discussions au sein du groupe, comptant des détracteurs féroces. Arguments : les mêmes que ceux qui dénonçaient l’entrée des femmes à l’université. Elles ne sont pas faites pour la vie intellectuelle, leur influence sur les étudiants est négative, leur rôle est au foyer.
1930: en Europe : 25%
Des femmes dirigent des cliniques et des instituts d’enseignement. % + élevé de cliniciennes que chez les hommes
1950 : idem 25%
1970 : 50%
Apport important des femmes dans la modification de la théorie freudienne sur la féminité.
 
  Sigmund Freud :
 
« Les femmes sont elles-mêmes l’énigme dont nous parlons »
La vie sexuelle PUF
 
Nous pouvons qualifier d’essentialiste, les orientations philosophiques de S.Freud. L’essence précède l’existence, et, c’est lui qui l’énonce : « L’anatomie, c’est le destin » Essentialiste, comme ses contemporains dans le domaine scientifique et médical. La sociologie, l’étude du milieu, de l’environnement en sont empreint dès le début.( CF Le Bon)

Voici comment Freud conçoit l’évolution psycho-sexuelle :
D’abord : la phase phallique pour le petit garçon et pour la petite fille, clitoridienne qui ignore le vagin.
En même temps, la théorie cloacale: la croyance en l’existence d’un seul orifice : l’anus d’où les enfants sont évacués...
Dans ce modèle, pas de différence : la petite fille est un petit garçon.
Lorsqu’elle prend conscience de sa castration, elle en veut à sa mère, elle s’en détourne et prend le père pour objet d’amour. Elle souhaite un enfant du père pour remplacer symboliquement le phallus châtré. Elle « glisse le long de ce qu’on ne peut appeler que l’équation symbolique : pénis= enfant » A l’adolescence, prise de conscience et investissement du vagin. Passage du clitoris au vagin.
P 130. « Tandis que le complexe d’Œdipe du garçon sombre sous l’effet du complexe de castration, celui de la petite fille est rendu possible et est introduit par le complexe de castration. »
131 : « Le motif de la destruction du complexe d’Œdipe chez la fille fait défaut « la fille en veut à sa mère de ne pas lui avoir donné de pénis ». « à la vue des organes génitaux de l’autre sexe… s’aperçoit immédiatement de la différence et en comprend aussi, il faut l’avouer, toute l’importance… l’envie du pénis s’empare d’elle, envie qui laissera dans son évolution, dans la formation de son caractère, des traces ineffaçables »
Ce postulat n’est pas sans rappeler le modèle biblique : La femme créée à partir de l’homme.
 
 Freud bâtit ces hypothèses sur la sexualité féminine à partir de l’écoute des femmes hystériques auxquelles il consacre ses « Etudes sur l’hystérie ».
Ces femmes ont une pathologie qui se caractérise par la suggestibilité, et par les attitudes de séductions des hommes, associées à la dépendance à leur désir. A cette période historique, elles reflétaient le modèle stéréotypé des femmes soumises à ce que les hommes attendent d’elles.
 
Compte tenue de l’encrage anatomique de sa spéculation sur l’envie du pénis, Freud ne prend pas en compte la charge symbolique et culturelle associée à cette partie du corps.
 L’envie fonctionne dans les deux sexes : envier les privilèges d’autrui.
En avoir Un, s’associe  très tôt à des privilèges dont nous savons qu’ils imprègnent les cultures. Dans la distribution des rôles, par exemple, les bébés mâles ont une mère plus patiente et plus conciliante (exp. De la tétée + longue pour les garçons que pour les filles)
 
L’œuvre de Freud comporte de nombreux développements et utilise des concepts nouveaux et opérants dont la véracité et l’utilité se confirment avec le temps : l’inconscient, les pulsions, le narcissisme, l’idéal du Moi, le travail du deuil, les fantasmes etc.… L’approche et la compréhension de la vie psychique s’en trouvent enrichies et la thérapeutique qui en est issue ne se dément pas. Sauf lorsqu’il il est question des femmes.
Malheureusement maintenant encore, des analyste défendent ces positions crispées sur la passivité féminine, le passage de clitoris au vagin, le complexe de castration chez la femme etc… Mais ces théories sont abandonnées par beaucoup d’autres et  certains travaillent la  question de l’envie du féminin chez l’homme .   
S. Freud citant le continent noir a-t-il eu à ce moment conscience de ses égarements ? Peu probables, seulement conscient que les femmes sont les oubliées de l’histoire. Déjà pas mal pour cette époque.
 
 Nous n’en dirons pas autant de J. Lacan :
 
Il revient en force aux conceptions les plus phallo-centristes de Freud, celles qui auraient du être abandonnées tant elles étaient dénoncées et paraissaient caduques à beaucoup d’analystes. Remis au goût du jour, magnifiés seront : le primat du phallus, le monisme sexuel qui consiste à référer les deux genres au seul sexe mâle, enjolivé de tournures sémantiques modernes, purifié sera le dit retour à Freud et à la thématique de castration appliquée aux deux sexes.
Dans ce registre, il va bien plus loin, non seulement, les femmes sont privées de leur fonction sexuelle, mais dans sa théorie, elles sont exclues de l’ordre symbolique.
Lacan fait du phallus un signifiant fondamental, le signifiant des signifiants : « ø », « auxquels peuvent être rapportés, comme à un équivalent commun ou à une sorte d’étalon ou d’archétype, tous les autres signifiants ». Claude Lévesque : Par-delà le masculin et le féminin.
« Pour autant que le passage à l’ordre symbolique est nécessaire, il faut toujours que, jusqu’à un certain le pénis ait été enlevé puis rendu ». (Je souligne pénis pour ceux qui affirment que le phallus est un symbole qui ne désigne pas l’appendice anatomique)
La femme n’existe pas, elle ne se représente pas, il n’existe pas de signifiant du sexe féminin£. L’ordre symbolique est « androcentrique » dit-il, « c’est un fait, quelque chose dont l’usage symbolique est possible parce qu’il se voit, qu’il est érigé. De ce qui ne se voit pas, de ce qui est caché, il n’y a pas d’usage symbolique possible. » La relation d’objet Paris Seuil 1994.
Lacan ne se réfère pas seulement à la symbolique: le « destin anatomique » de Freud est repris, le phallus est représentant symbolique du pénis qui « lui sert littéralement d’instrument imaginaire pour appréhender ce qu ‘elle n’arrive pas à symboliser ». « Les psychoses » Seuil 1981
« Le sexe féminin a un caractère d’absence, de vide, de trou qui fait qu’il se trouve être moins désirable que le sexe masculin »
« Il n’y a de femme qu’exclue par la nature des choses qui est la nature des mots, et il faut bien dire que s’il y a quelque chose dont elles-mêmes se plaignent assez pour l’instant, c’est bien de ça - simplement, elles ne savent pas ce qu’elles disent, c’est toute la différence entre elles et moi. Encore Ed.du seuil 1975 p 68.
Les hommes sont « tout homme » et les femmes : « pas toute » : comme le remarque Claude Lévesque, l’Un l’a, l’Autre pas, on ne peut être que d’un côté ou de l’autre.
Pour René Major : elles en tireraient une jouissance supplémentaire. Fantasme connu du plus de jouissance de la jouissance sans fin, sans limite qui pourrait bien susciter de l’envie. Cette envie qui, comme l’entend M.Klein, conduit à détruire l’objet de convoitise à défaut de le posséder.
L’homme est fonction phallique en tant qu’il est « tout homme »(…) Il n’y a pas de « toute femme ».
Le rapport à la représentation phallique : « constituerait la matrice de désir sexuel », pour la femme, le rapport entre « la béance ineffable du réel de son propre manque » et le surgissement du signifiant.
 
Concernant la place du père dans la psychanalyse. Ne le jetons pas avec l’eau du bain. Le rôle d’un tiers dans la dyade première mère-enfant est indispensable. Classiquement, c’est le père qui remplit cette fonction séparatrice de la relation duelle symbiotique. On est cependant en droit de supposer que toute autre personne investie affectivement par la mère peut remplir cette fonction tierce.
Sans l’intervention du tiers, l’accès au langage, donc au symbolique n’est pas une évidence, l’utilisation du verbe dans la communication est elle nécessaire dans une relation symbiotique ? Sans doute pas, les échanges se passent de mots, ils s’expriment dans le sensoriel, le corps.
La socialisation de l’être humain nécessite cette rencontre avec le troisième sujet, lui même en relation avec le premier.
Elle lui permet de rencontrer d’autres sujets ensuite.  C’est cette triangulation que S. Freud a nommé Œdipienne  qui fonde le sujet social, parlant, susceptible d’établir des relations avec d’autres, différents.
Le terme de Castration (signifiant ablation des testicules mais désignant le pénis) est utilisé très souvent par les psychanalystes, chaque fois qu’il est question de la perte d’une partie de soi ou simplement son usage. Il s’agit du symbole ! uniquement du symbole disent les gardiens du temple du monisme sexiste. Puisque c’est valable pour les deux sexes, il n’y a pas de discrimination pensent-ils. Toute perte catastrophique est ainsi référencée à celle du pénis. Par ex: perdre l’usage de la parole sera facilement interprétée comme une castration, même s’il s’agit d’une femme. Comme si le pénis qu’elle ne possède pas et qu’elle n’a jamais eu était pour elle un organe plus investi que sa langue.
Cette symbolique là, qui référence tout manque, toute séparation à la problématique de la perte fantasmée du pénis exclue et nie les femmes, elle enferme cette psychanalyse qui s’y réfère sans distanciation, dans l’ignorance de la moitié de la population qu’elle prétend aider. 
 
                                                        Catherine Kriegel
 Je trouve que ces notions sont pour le moins phallocrates.
Qu’elles aient été appliquées à une époque où la femme était encore considérée comme inférieure à l’homme pourrait diminuer la responsabilité de leurs auteurs. Mais que de nombreux psychiatres s’y réfèrent encore aujourd’hui me pose problème. Comment les femmes pourraient-elles avoir confiance et se mettre entre les mains de tels guérisseurs 

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Source:http://lumaol.files.wordpress.com/2007/10/freud.gi


Les intentions des Freudiens et Lacaniens ne seraient-elles point aussi sexistes que celles des intégristes musulmans ? Accepter la castration ou jouir d’un orgasme vaginal n’enlèveraient-ils pas toute liberté aux femmes autant que porter le voile ? Qu'en est-il alors de la véritable identité féminine?

                                   A suivre...

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par Alice communauté : Féminisme
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