Les instituteurs souffrent durant leur formation
Je ne chercherai donc pas à mentir sur ce qui a retourné la situation, car je n'en ai pas honte, et je
l'assume. Il me fallait bien finir mon mémoire pro dans cette période de fatigue ultime augmentée par les rayons. J'ai alors repris des parties du mémoire de mon Conseiller Pédagogique, sur un
sujet connexe. Ce n'est pas un plagiat (l’œuvre est tout de même humble), c'est de la panique, une béquille. Je n'avais pas la force de faire les recherches documentaires etc. Voilà, ceci étant
dit, je ne pense pas avoir rompu mon contrat de stagiaire pour autant. Qu'on ne me valide pas le mémoire, je peux l’accepter, mais j’aimerais bien qu'on évite de toucher à ma personne, mon
intégrité et à ma santé physique et morale. Rien ne justifiait que l'année de stage pratique ne soit pas validée.
Je n'avais pas du tout pressenti que cela poserait problème. Je pensais que la théorie et la pratique étaient
deux domaines indépendants. J'ai donc envoyé le mémoire à mon Conseiller. Il m'a donc répondu par mail qu'il me trouvait gonflé d’avoir repris autant de parties de son mémoire. Il en parlait
immédiatement à la responsable de filière et il désirait ne plus suivre mon travail. J'ai le courriel en l'état.
Lors de sa visite, Madame l'Inspectrice s'est bien gardée de parler de cet épisode. Elle ne m'a donc plus
suivi malgré les primes et indemnités qu’elle perçoit pour cette fonction.
Gêné par la tournure que prenaient les évènements, j'ai décidé d'appeler le directeur de mémoire .Tout allait assez
bien avec lui, jusqu'à ce jour. Son attitude a alors complètement changé et il est lui aussi devenu odieux en invoquant la loi !!! Il a donc considéré que tout cela était très grave. Il a
prétendu avoir découvert cela tout seul, mais je me doute que mon portrait avait déjà été bien brossé par la direction. Il m’a précisé que le rapport était terminé avant même la soutenance. Il a
affirmé, selon son humble avis qu'une personne telle que moi ne pouvait pas devenir enseignante ni même garder un poste de Conseiller Principal d’Education. Comment pouvais-je prétendre éduquer
des jeunes avec un tel rapport à la loi (sic!) ?
Tiens,tiens ... ça me rappelle une autre accusation, ça
!!!
Comme un imbécile, je me suis rendu à la soutenance où les membres ont fait front. Qu’avais-je espéré d’autre de la part de l'institution ?
Mais déjà à cette époque
plus grand chose ne me touchait venant de l'IUFM.
A ce point du récit, je remarquerai que tout allait bien pour le directeur de mémoire, quelques semaines plus tôt, sur la forme comme sur le fond. Je
parle là de la partie personnelle, réelle, effectuée par moi même, dans une séquence de cours. Il m'avait précisé que certains détails n'allaient pas dans le montage de la séquence mais que ce
n'était pas très grave. L'intérêt du mémoire, et j'étais d'accord avec lui, était donc bien de prendre du recul, de prendre possession de ces questionnements didactiques et par conséquent d'en
faire quelque chose. Il n'y avait rien d'alarmant, absolument rien. Il lui avait fallu, en peu de temps, démontrer pourquoi ce mémoire était creux et sans intérêt. Selon lui, ce travail n'était
pas celui d'un enseignant et je n'avais pas
dépassé le stade de l'animateur social (sympa pour eux !). Il commençait à mieux comprendre ce que la directrice de filière répétait depuis le début
de l'année.
Je vais relater maintenant les deux derniers éléments « amusants », sur cette longue année qui sert de formation.
En fin d'année, les stagiaires passent au crible du jury des enseignements. Encore une fois, chose étrange, cette dame en fit partie. On m’avait
pourtant affirmé, lors de mon entretien avec la direction, qu'elle ne m'approcherait plus. Il est vrai qu’avec les manifestations étudiantes certains membres du jury n'avaient pu se déplacer.
Mais l’on aurait pu faire en sorte qu'elle ne soit pas dans mon jury. Il a ici une erreur grave.
Tout ce que cette dame m'a encore reproché ce jour-là, je n’en ai pas cru mes oreilles ! Un autre formateur était là, étonné par les propos
délirants de sa collègue, mais je sais déjà qu'il n'en dira jamais rien. Ce jour-là, l'accusation de pédophilie m'est vraiment apparue de manière évidente. Pour cette raison, je sais que je ne
diffame pas.
J'ai présenté une séquence de travail sur la poésie. Je travaillais sur l'image et sur
la poésie à travers Doisneau et Prévert. J'avais travaillé sur différentes photographies dont une de Doisneau qui montre de dos des petits garçons
urinant debout dont le plus petit au milieu porte une colombe sur la tête. Cette photo est très connue.
J'ai eu le droit à un vrai procès en règle. Je me demandais ce qu’il m’arrivait, une fois de plus. L'entretien a porté pour une grande partie sur
cette photo. La dame m'a demandé l'âge de mes élèves, la proportion de filles et de garçons, insistant de manière ironique et sarcastique sur l’idée que bien sûr tout cela était candide. Oui, en
effet, pour moi tout cela était candide. Je suis trop naïf...
Je me suis alors rendu compte réellement à cette période en quoi mes suspicions, mes impressions floues depuis le début de l'année, étaient bien liées
à un vrai procès en homophobie associant homosexualité, anormalité et pédophilie.
Pour clore mon année, et pour bien tenter de m'achever j'ai eu le droit en mai à une visite d'un membre de la commission de validation après deux
mois sans élèves. Cette dame a été odieuse, j'ai même été obligé de lui demander de changer de ton lorsqu'elle me parlait. Elle me parlait plus sèchement qu’à un chien, en présence du Conseiller
qui, bien sûr, n'intervenait en rien face à cette tentative de destruction.
In fine, je tiens donc à vous alarmer sur l'état de cette institution qu'est l’Education Nationale. Au départ de l'expérience, il me semble qu'assurer
la formation des pairs par les pairs était une avancée, un progrès en comparaison au traditionnel modèle prof-élève. Ce n'est malheureusement plus toujours le cas aujourd'hui et cela me pose
problème. Comment une institution qui tente de former des enseignants libres peut-elle produire une telle violence, de telles discriminations ? Les professeurs n’ont-ils pas le devoir
d’amener des enfants à l’autonomie en se construisant socialement et civiquement? Comment une institution comme l'IUFM peut-elle laisser ces problèmes se produire et des stagiaires
être laminés ? Comment est-ce possible ?
Bien sûr, je n'érige pas mes difficultés en cas général, mais je sais que je ne suis pas le seul. J'appelle les stagiaires victimes de ce type de
pratique à me rejoindre.
J’ajouterai quelques mots à ce récit qui peut sembler subjectif par l’ampleur des problèmes qu’il soulève. J’ai parlé
à de nombreux stagiaires et j’en ai rencontré plusieurs qui avaient subi de fortes pressions simplement parce qu’ils n’adhéraient pas à la tendance actuelle qui prône le constructivisme et le
pédagogisme comme voie unique la pédagogie.
Pour ceux qui veulent élargir leurs connaissances sur le sujet, je vous renvoie à deux sites très bien
documentés.
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