On peut toujours présenter les sujets de société de manière différente, suivant l'idée que l'on souhaite faire passer.
Il y a quelques jours, j'ai regardé, sur M6, la 2è partie de l'émission 66 minutes intitulée : Le tourisme de la
mort, enquête sur l'association suisse DIGNITAS, spécialisée en aide au suicide.
Pour information, lire :
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/05/24/en-suisse-rendez-vous-avec-la-mort_1049148_3214.html
Il est évident que Dignitas fait du fric sur le dos de la souffrance des personnes qui ont choisi d'en finir avec la vie pour des raisons de dégradations physiques ou psychiques, ou qui, après avoir bien vécu avec leur conjoint ne supportent pas l'idée de continuer sans l'autre.
Je suis certes horrifiée par son mode de fonctionnement. Dignitas demande des sommes énormes (plus ou moins 1500€) pour permettre de mourir sans souffrance dans des conditions qui ne semblent pas relever d'une grande dignité : manque d'empathie voire de respect pour ses « clients », très peu d'accompagnement et conditions environnementales précaires et sinistres. Sur ce point, je comprends et n'approuve pas le fonctionnement de cette association.
En revanche, ce qui me met encore plus hors de moi est la façon dont les chaînes télévisées telles que TF1 et M6 présentent ces problèmes de société.
Après la surmédiatisation de « l'affaire Chantal Sébire », les français ont été émus et ont, dans une très grande majorité soutenu la cause de l'ADMD, ici.
Source: http://librepenseefrance.ouvaton.org/spip.php?article35
Mais pas le gouvernement actuel qui, par la force de Sarkozy, est imprégné de religiosité.
Il fallait donc balancer dans les médias un maximum d'informations défavorables à une évolution de la loi Léonetti.Lire ici:
Nous ne souhaitons pas une adaptation alambiquée de cette loi, mais une clarification sur un point qui n'a pas encore été défini, ce point final réclamé depuis des décennies par les directives anticipées que nous donnons à l'ADMD : « S'il n'existe aucun espoir de retour à une vie consciente et autonome, que l'on me procure une mort rapide et douce ».
Oui, osera-t-on prononcer ce terme de mort aujourd'hui tabou ? La mort est intrinsèquement liée à la vie, mais elle est devenue dans notre société occidentale une réalité que l'on souhaite oublier...Comme si cela pouvait permettre de l'éviter ! Je ne comprends pas toujours très bien pourquoi la mort semble souvent faire plus peur que la souffrance.
Quel bonheur à être encore présent sur notre terre si l'on ne peut plus rien ressentir d'autre que la douleur, si l'on ne peut plus penser, si l'on ne peut plus agir. Il est possible de lutter pour la vie quand on sent que la mort est extérieure à soi, qu'elle ne vient pas de notre corps et de notre âme. Si certains déportés ont survécu, c'est bien parce qu'ils sentaient encore en eux la force de vivre, malgré l'environnement et les blessures quotidiennes. Mais quand la force de vie a disparu, quand l'homme souffre en lui-même, qu'il sait sa fin intérieure imminente, pourquoi faire semblant de lui démontrer qu'il a tort ? Après de nombreuses années de vie, une personne finit par se connaître et savoir les capacités et la puissance qui demeurent en elle. Alors pourquoi ne pas lui faire confiance en considérant que, de l'extérieur, on saura mieux qu'elle ce qui lui convient ?
A mon avis, cette émission de M6 a été conçue pour augmenter un malaise et
engendrer la crainte. En montrant ce qu'il y a de pire pour sortir d'une situation insupportable, on distille le doute et la peur que l'individu ne puisse plus maîtriser une décision qui
n'incombe pas qu'à Dieu. Le scandale attire toujours et les choix de La 6 résident à semer le trouble chez ceux qui se posent des questions sur leur fin de vie. Ce n'est pas avec ce genre de
« documentaire » que les journalistes vont éclairer et aider les personnes concernées à assumer leur choix.
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